Au-delà des chiffres : Réflexions sur le paysage technologique canadien en 2023

Real Ventures
11 min readDec 20, 2023
Rassemblement Survive the Drive au Somo Lounge de la Maison Notman, le 15 novembre 2023.

Face aux défis mondiaux actuels découlant de la pandémie, de la géopolitique et de l’incapacité collective à naviguer dans la complexité et l’interconnexion de notre monde, les entrepreneur.e.s canadien.ne.s, comme tant d’autres, ont vu leur courage, leur résilience et leur force mentale mis à rude épreuve.

En dépit de ces difficultés, l’innovation canadienne reste forte et se maintient au rang de 4e meilleur pays pour lancer une jeune entreprise. Parmi les facteurs les plus connus qui distinguent le Grand Nord blanc des autres pôles de démarrage, citons le soutien important du secteur public, les politiques favorables aux immigrant.e.s, les vastes ressources naturelles du pays et la proximité du Canada avec la plus grande économie du monde.

Au-delà de ces facteurs, l’écosystème canadien des jeunes entreprises se distingue par un profond esprit de collaboration. Lorsque les temps sont durs, nous avons besoin de compassion, de communauté et d’une bonne dose de détermination. Les actions en disent long, c’est pourquoi Real Ventures a choisi de s’associer à deux autres grandes sociétés d’investissement canadiennes, Panache Ventures et Inovia Capital pour ramener FounderFuel — le premier programme d’accélération soutenu par le capital-risque au Canada — et d’injecter des capitaux et du mentorat dans certaines des entreprises canadiennes en phase de pré-amoçage les plus prometteuses.

Si le capital et le mentorat sont nécessaires pour soutenir un écosystème canadien de jeunes entreprises sain et durable, nous pensons qu’un investissement important dans le développement personnel des entrepreneur.e.s à l’origine de l’innovation au Canada est également crucial. Les chiffres sont éloquents. Le dernier rapport de la BDC sur l’entrepreneuriat canadien a mis en évidence un important déclin, avec 100 000 entrepreneur.e.s de moins au Canada aujourd’hui par rapport à il y a 20 ans. Si plusieurs facteurs ont contribué à ce déclin, sur lesquels nous reviendrons plus loin, il est clair pour nous qu’un changement de perspective est nécessaire pour aider les entrepreneur.e.s à acquérir la force mentale et émotionnelle nécessaire pour naviguer dans ce qui sera probablement une économie mondiale difficile pendant un certain temps encore.

Les entrepreneur.e.s canadien.ne.s sont moins nombreux et affichent des niveaux d’épuisement plus élevés

L’analyse d’octobre de la BDC intitulée Entrepreneuriat en mouvement a mis en évidence un déclin brutal du nombre d’entrepreneur.e.s dans le pays. En 2000, trois Canadien.ne.s sur 1 000 ont choisi de créer une entreprise. Aujourd’hui, seulement un.e Canadien.ne sur 1 000 choisit cette voie professionnelle. Si des facteurs tels que l’intensification de la concurrence mondiale, le vieillissement de la population et la bonne santé du marché de l’emploi peuvent certainement expliquer ce déclin, il nous semble également évident que l’essor des jeunes entreprises y contribue fortement. Il suffit de regarder ces chiffres.

  • 48 % des entrepreneur.e.s souffrent d’épuisement professionnel
  • 55 % des co-entrepreneur.e.s se séparent dans les quatre ans
  • 48 % des entrepreneur.e.s divorcent contre 40 % en moyenne pour les premiers mariages
  • 30 % des entrepreneur.e.s souffrent de dépression
  • 72 % des entrepreneur.e.s voient leur santé mentale affectée de manière négative

À la lecture de ces statistiques troublantes, il n’est pas étonnant que le taux de survie des nouvelles entreprises soit si faible alors que 1 entreprise sur 3 ferme dans les cinq ans (et 2 sur 3 après 15 ans). L’étude de la BDC a révélé que le courage et les compétences relationnelles étaient les compétences les plus importantes à tous les stades de la croissance des entreprises pour créer des sociétés très performantes. Chez Real Ventures, après plus d’une décennie de travail avec les entrepreneur.e.s, cette observation nous semble tout à fait pertinente. En fait, nous sommes convaincus que la clé pour résoudre ces problèmes troublants est d’investir dans le développement intérieur des entrepreneur.e.s. Depuis des années, Real Ventures travaille avec des spécialistes en leadership, en utilisant des cadres et des pratiques dérivés de la théorie du développement de l’adulte, du cabinet Conscious Leadership Group, de l’initiativeInner Development Goals, et d’autres, pour aider les entrepreneur.e.s à approfondir leur conscience de soi et à acquérir la force mentale et la résilience nécessaires pour relever les défis de la création d’une entreprise financée par une société de capital-risque.

Cette force d’âme et cette résilience doivent être beaucoup plus développées au sein des écosystèmes de jeunes entreprises, mais cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas du tout. Pour apprécier sa présence, jetez un coup d’œil ci-dessous à l’activité de certains des pôles de jeunes entreprises les plus actifs du Canada et lisez nos réflexions sur les événements significatifs et les idées qui ont façonné le paysage en 2023.

Investissements en capital-risque dans les trois principaux pôles technologiques du Canada

Investissements en capital-risque en Ontario

Comme les années précédentes, les jeunes entreprises de l’Ontario ont bénéficié de près de la moitié (46,2 %) de tous les investissements dans les jeunes entreprises technologiques canadiennes, les entreprises basées à Toronto et à Waterloo ayant obtenu 1,8 milliard de dollars et 360,6 millions de dollars respectivement.

Comme prévu, les conditions difficiles du marché ont continué à freiner l’enthousiasme des investisseurs, ce qui s’est traduit par une diminution notable du capital investi dans la région par rapport à la période faste de 2021. Toutefois, par rapport aux investissements réalisés avant la pandémie, le corridor Toronto-Waterloo a connu une augmentation de 200 millions de dollars en capital investi (2 milliards de dollars en capital investi en 2019 contre 2,2 milliards de dollars en décembre 2023).

Parmi les réussites de la province, Tenstorrent, une entreprise du portefeuille de Real Ventures basée à Toronto, est l’une des plus importantes transactions divulguées dans la province, ayant levé un fonds stratégique de 100 millions de dollars US auprès d’un groupe d’investisseurs internationaux dirigé par le Hyundai Motor Group et le Samsung Catalyst Fund. BenchSci est une autre entreprise du portefeuille qui connaît une trajectoire impressionnante. La jeune entreprise de biotechnologie a clôturé une série D de 95 millions de dollars canadiens, dans la foulée de leur série C de 63 millions de dollars de 2022, afin de continuer à développer leur plateforme de découverte de médicaments alimentée par l’IA. Mejuri, une marque mondiale de mode qui révolutionne l’industrie de la bijouterie fine, a fait des progrès impressionnants en lançant une série de nouveaux magasins en 2023, ce qui porte à 24 le nombre de magasins en activité et à 5 le nombre de magasins qui devraient ouvrir avant la fin de l’année.

Investissements en capital-risque au Québec

Le deuxième pôle technologique du Canada a recueilli 1,2 milliard de dollars en 52 transactions à ce jour, les entreprises des secteurs de la santé et des logiciels libres restant en tête des investissements en capital-risque. Si Montréal reste le principal pôle technologique du Québec, avec 82 % de tous les investissements dans la province, une croissance prometteuse est évidente à Québec et à Sherbrooke.

Sherbrooke se distingue par son écosystème quantique en plein essor, soutenu par un réseau bien établi d’instituts de recherche et d’experts et par un nombre croissant d’entreprises quantiques spécialisées dans des domaines tels que l’informatique quantique. Par exemple, Quantum Sherbrooke a été lancée l’an dernier en tant que première de deux zones d’innovation et a obtenu plus de 435 millions de dollars d’investissements de la part de la province et de diverses organisations, ce qui a fait de Sherbrooke un centre de recherche et de développement de classe mondiale dans le domaine quantique.

Malgré le ralentissement économique, des entreprises québécoises prometteuses ont continué à lever des capitaux et à se développer. Parmi elles, on trouve Dcbel, une entreprise d’énergie durable basée à Montréal qui utilise la recharge bidirectionnelle des véhicules électriques pour alimenter les maisons intelligentes. Ils ont annoncé leur série B de 50 millions de dollars américains en août, ce qui leur permettra de fournir davantage de bornes de recharge à domicile à des clients désireux d’adopter un mode de vie plus durable. Sparks Microsystems, une société de semi-conducteurs sans fil opérant dans le domaine des jeux, a également obtenu une série B remarquable d’un montant total de 34 millions de dollars canadiens en mars, afin d’aider à répondre à la demande mondiale de plus en plus forte en matière de puces.

Investissements en capital-risque en Colombie-Britannique

La province de la Colombie-Britannique continue de voir diminuer les capitaux alloués à ses entreprises, avec un total de 1,1 milliard de dollars d’investissements en capital-risque répartis sur 40 opérations en 2023, soit le montant le plus bas investi au cours des cinq dernières années, à l’exception de 2020, où la province du Pacifique a récolté 964 millions de dollars en capital-risque. Comment expliquer cette tendance continue à la baisse? D’une part, le nombre de transactions conclues à la plupart des stades a constamment diminué au cours des trois dernières années. La diminution spectaculaire des investissements dans les entreprises en phase de pré-amorçage et d’amorçage est particulièrement inquiétante. Plus précisément, les opérations de pré-amorçage ont diminué, passant de 20 en 2021 et 15 en 2022 à seulement 3 en 2023. De même, les opérations d’amorçage ont chuté, passant de 49 en 2021 et 29 en 2022 à seulement 7 en 2023.

Sans un réinvestissement substantiel dans les entreprises prometteuses en phase de démarrage en Colombie-Britannique — qui sont nombreuses, y compris Artemis, une entreprise d’automatisation des données conçue pour les analystes qui a été sélectionnée pour participer au programme FounderFuel de cette année — nous continuerons probablement à voir moins d’entreprises de croissance émerger de la province et une perte des avantages économiques (création d’emplois, innovation et recherche, compétitivité mondiale et diversification de l’économie, etc.) qui découlent d’un secteur technologique en bonne santé.

Collecte de fonds dans un contexte de ralentissement du marché

Le ralentissement économique a continué à façonner un paysage difficile pour les entrepreneur.e.s et les investisseurs en capital-risque en matière de collecte de fonds. Comme le taux directeur de la Banque du Canada devrait rester à 5,0 % à l’aube de 2024 pour atténuer les pressions inflationnistes persistantes, nous continuerons probablement à ressentir les effets du ralentissement du marché dans l’ensemble de l’écosystème des jeunes entreprises.

Comme en 2022, les entreprises qui font preuve d’une bonne planification financière, qui sont prudentes dans l’utilisation de leurs ressources et qui se concentrent sur l’optimisation de leurs opérations et la création d’une dynamique sur leurs marchés ont beaucoup plus de chances d’attirer l’attention des investisseurs et d’obtenir des feuilles de modalités.

Les nombreux et généreux programmes de financement non dilutifs du Canada font depuis longtemps du pays un endroit très attrayant pour lancer une entreprise. Compte tenu des conditions de marché défavorables entraînant une baisse des valorisations, les entrepreneur.e.s sont de plus en plus nombreux à rechercher ces options de financement, avec plus de 300 millions de dollars investis dans de jeunes entreprises cette année.

Alors que les entrepreneur.e.s mûrissent en même temps que notre écosystème, il est fantastique de voir de plus en plus d’entrepreneur.e.s tirer parti des milliards de dollars disponibles grâce à des programmes de crédit d’impôt tels que la RS&DE et le crédit d’impôt pour pour médias numériques interactifs, des programmes de subventions comme le Programme d’aide à la recherche industrielle (PARI) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), ainsi que des programmes de prêts comme ceux offerts par Futurepreneur. Pour plus d’informations sur les nombreuses options de financement non dilutives offertes aux entrepreneur.e.s canadien.ne.s, Boast AI, une société qui aide les entreprises en démarrage à demander les crédits d’impôt pour la recherche et le développement auxquels elles ont droit, offre une excellente vue d’ensemble ici.

D’autres possibilités de financement intéressantes ont été annoncées cette année, notamment l’extension de l’Initiative de catalyse du capital-risque (ICCR) dans le cadre de laquelle le gouvernement canadien investit jusqu’à 50 millions de dollars dans un volet de croissance inclusive dans le but d’accélérer la diversité, l’équité et l’inclusion dans l’écosystème du capital-risque. Le gouvernement fédéral a également lancé le Fonds de financement social de 755 millions de dollars, offrant des sources de financement flexibles supplémentaires aux organisations qui s’attaquent aux défis sociaux et environnementaux. À l’issue d’un processus ouvert, Boann Social Impact, Fonds de finance sociale — CAP Financeet Realize Capital Partners ont été sélectionnés pour agir en tant que gestionnaires d’investissement pour le fonds. En plus de contribuer à créer un avenir meilleur pour les Canadien.ne.s, les initiatives financées par le Fonds de financement social aideront le Canada à réaliser d’importants progrès dans la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).

Entrer dans une nouvelle ère de l’IA

À moins que vous ne viviez sous une roche, vous êtes probablement au courant de la ruée vers l’or de cette génération : l’IA. Depuis qu’Open AI a lancé ChatGPT et DALLE à la fin de l’année 2022, les plateformes d’IA avancées ont pris d’assaut le monde de la technologie, avec des géants de l’industrie comme Google, Facebook et Microsoft (qui est maintenant un investisseur d’Open AI) et de jeunes jeunes entreprises qui s’empressent d’adopter et/ou de créer leurs propres plateformes d’IA. Pour la première fois dans l’histoire, les personnes techniques et non techniques peuvent facilement accéder à l’IA pour les aider à exécuter des tâches de plus en plus complexes comme la relecture et l’édition d’un article (coupable!), la génération de contenu créatif ou le codage et le débogage, pour n’en citer que quelques-unes. Les possibilités offertes par cette technologie historique sont immenses et des organisations riches en données, au service de toutes les sphères de la société, explorent les moyens innovants par lesquels l’IA peut améliorer la vie des gens.

À l’instar des précédentes ruptures technologiques mondiales, l’adoption massive de l’IA a également suscité des inquiétudes sérieuses et légitimes. Il est devenu exponentiellement plus facile pour les groupes et les individus d’exploiter l’IA pour créer et diffuser des informations erronées afin de promouvoir leurs propres objectifs et d’influencer l’opinion publique, créant ainsi de nouvelles divisions entre des groupes en conflit et érodant la confiance à tous les niveaux de la société. Yoshua Bengio, qui est largement reconnu comme l’un des grands-pères de l’IA, a fait part, tout au long de 2023, de ses préoccupations concernant l’utilisation abusive de l’IA et le potentiel destructeur de la technologie si elle n’est pas réglementée..

En septembre, le gouvernement canadien a lancé le Code de conduite volontaire visant un développement et une gestion responsables des systèmes d’IA générative avancés afin d’encourager le développement et l’utilisation sûrs et éthiques des produits et services alimentés par l’IA jusqu’à ce que le projet de Loi sur l’intelligence artificielle et les données (LIAD) entre en vigueur. Le Code de conduite repose sur sept principes fondamentaux : la responsabilité, la sécurité, la justice et l’équité, la transparence, la surveillance humaine et le suivi, ainsi que la validité et la solidité. À ce jour, 16 organisations ont signé, dont les principaux instituts de recherche en intelligence artificielle, l’Institut Vecteurbasé à Toronto, et Milabasé à Montréal.

Il existe également une crainte très légitime que les ambitions capitalistes éclipsent largement les besoins sociétaux lorsqu’il s’agit des applications de cette technologie. Le monde est loin d’atteindre la plupart des objectifs de développement durable (ODD) pour 2030 fixés par les dirigeants mondiaux lors du sommet des Nations unies de 2016. Depuis la révolution industrielle, les températures mondiales ont augmenté de 1,1 à 1,3 °C et, en l’état actuel des choses, l’humanité est confrontée à une hausse de 3°C des températures mondiales d’ici 2100, ce qui entraînera des conséquences désastreuses dans le monde entier. Plus que jamais, l’humanité doit exploiter toutes les ressources à sa disposition, y compris l’IA, pour progresser de manière significative vers la réalisation de ces objectifs.

En tant qu’investisseurs, nous pensons avoir un rôle important à jouer, non seulement en investissant dans des entreprises prometteuses qui s’attaquent directement aux ODD, mais aussi en investissant de manière significative dans le développement personnel des entrepreneur.e.s qui dirigent ces entreprises, afin d’augmenter leurs chances d’avoir une portée significative.

Le courage et la compassion nous permettront d’aller de l’avant

L’adversité est une occasion de croissance. Peu de gens le savent aussi bien que les entrepreneur.e.s chevronné.e.s qui ont traversé de nombreuses tempêtes pour en ressortir plus sages et plus résilient.e.s. Tout en reconnaissant que les temps difficiles vont probablement persister, nous considérons que c’est l’occasion pour tous les membres de l’écosystème canadien des jeunes entreprises d’envisager de nouvelles façons de penser en ce qui concerne la création d’entreprises et l’investissement en capital-risque, et d’explorer des cadres comme celui de Inner Development Goals pour relever les défis les plus urgents auxquels notre monde est confronté. En cette ère d’incertitude, favoriser la résilience et la pensée innovante est notre voie collective pour façonner un avenir plus durable et plus percutant.

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