La promesse de la cryptomonnaie

Texte : Lauren Jane Heller

Photo : Dmitry Sytnik sur Unsplash

Ce fut un hiver long, dur et froid pour la cryptomonnaie, mais le soleil pointe le bout du nez : les chaînes de blocs et le Web3 suscitent l’enthousiasme envers Internet et la relation qu’entretient la société avec la technologie. Notre associé Mark McDowell discute avec Lauren Jane Heller, directrice des communications, des domaines qui seront les plus touchés par la cryptomonnaie, des raisons pour lesquelles le Web3 n’est pas une solution universelle et des obstacles à l’adoption massive de la cryptomonnaie.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus en ce moment, vous et les autres grands adeptes de la chaîne de blocs et de la cryptomonnaie?

Si l’on regarde la situation dans son ensemble, le plus passionnant est l’émergence du Web3. C’est ce que les fous comme moi appellent le nouvel Internet. Il s’agit en fait d’un Internet d’applications décentralisées reposant sur des chaînes de blocs. C’est vraiment intéressant : nous avons un nouvel Internet qui respecte notre vie privée et notre anonymat. De surcroît, il ne sera plus fondé sur la publicité.

Je crois que nous commençons aussi à comprendre que le Web3 ne convient pas à toutes les expériences en ligne. Par exemple, à mon avis, le commerce électronique n’a pas particulièrement sa place sur le Web3. Amazon fonctionne incroyablement bien, et personne ne réclame à grands cris sa décentralisation. Je ne crois pas non plus que le commerce électronique entretienne une relation de dépendance malsaine avec la publicité. Bien sûr, Amazon est à la tête d’un des plus gros réseaux publicitaires au monde, mais ce dernier stimule le commerce électronique et ne verse pas seulement dans le « commerce de l’attention ».

Donc, nous assistons à l’émergence du Web3, mais il ne serait pas logique d’y transposer certains aspects d’Internet tel que nous le connaissons actuellement. Dans ce cas, comment interagirions-nous avec le Web3? Est-ce que nous utiliserions les mêmes appareils qu’en ce moment? Concrètement, comment cela fonctionnerait-il?

Ce qui pique véritablement mon intérêt, c’est que l’on doit encore clarifier tout ça. Lorsque l’on visite un site du Web3, il est impossible d’y faire quoi que ce soit sans un portefeuille de cryptomonnaie comme MetaMask, qui est une extension de Chrome. Si vous avez MetaMask, vous pouvez effectuer des micropaiements pour alimenter vos applications décentralisées, ou « dapps ». Ces dernières nécessitent un petit peu de cryptomonnaie pour fonctionner. La cryptomonnaie est en quelque sorte leur carburant. Donc, plutôt que d’être la cible de publicités, vous payez un minuscule fragment d’une cryptomonnaie pour faire ce que vous voulez.

Je pense que nous consacrerons les quelques prochaines années à déterminer quels services Internet ont leur place sur le Web3, et lesquels peuvent demeurer en version Web2. Idéalement, l’expérience utilisateur du nouvel Internet ne devrait pas différer grandement de celle que nous connaissons aujourd’hui. Je crois que nous nous y connecterons toujours grâce à des ordinateurs et des téléphones mobiles. Nous consulterons des pages Web et exécuterons des applications. Nous utilisons déjà le nuage pour presque tout ce que nous faisons sur un ordinateur ou par voie d’une application. Ce que nous voyons sur nos appareils et en fait uniquement ce qui s’affiche pour nous. Ce qui est différent avec le Web3, c’est que le traitement d’arrière-plan sera décentralisé sur des nœuds informatiques à l’échelle de la planète, tandis que, dans le cas du Web2, il sera centralisé.

La demande pour un nouvel Internet qui respecte la confidentialité des utilisateurs, doté d’une monnaie qui lui soit propre, est très forte.

Quels types d’applications sommes-nous les plus susceptibles de retrouver sur le Web3?

C’est difficile à dire, car en ce moment, les gens sont tellement enthousiastes à propos du Web3 qu’ils veulent tout y faire. Ils veulent des versions décentralisées de Google, Facebook, Amazon, Uber, Spotify et Tinder. Au cours des prochaines années, nous devrons déterminer lesquelles de ces entités doivent vraiment l’être.

Le Web3 est parfait pour les situations où le niveau de confiance est faible. Si vous achetez quelque chose avec de l’argent comptant, vous n’avez pas vraiment à faire confiance à l’autre. Des espèces sont des espèces. Nous avons besoin de quelque chose du genre sur Internet. Nous avons besoin d’argent décentralisé. Je prédis que la finance décentralisée — la DeFi — représentera une énorme catégorie sur le Web3. Des monnaies et des produits financiers fondés sur les cryptomonnaies feront leur apparition : dérivés, options, plateformes de prêts et autres plateformes rapportant des intérêts.

Le jeu sera également très populaire sur le Web3, surtout les paris et les autres jeux où l’on ne veut pas faire confiance à la banque. Nous commençons aussi à voir des marchés prédictifs apparaître sur le Web3. Certaines applications décentralisées permettent aux utilisateurs de parier sur n’importe quoi : résultats d’élection, événements sportifs, météo, tout ce qu’ils désirent. Les utilisateurs créent des paris et les chances sont calculées en continu tandis que les personnes qui le désirent placent leurs mises. Les chaînes de blocs versent tous les fonds pariés aux gagnants.

Ces marchés prédictifs pourraient s’avérer très puissants. En effet, ils représentent plus que des paris : il s’agit d’une façon de prédire l’avenir. Si des millions de personnes parient sur certains événements, vous mettez en fait à profit la sagesse des foules.

Donc, quel serait le modèle d’affaires d’un marché prédictif ou d’une de ces applications décentralisées? Comment pourraient-elles rapporter des revenus? Les personnes qui utilisent ces services devront-elles verser des micropaiements, comme vous le suggérez pour YouTube (voir Introduction aux chaînes de blocs ci-dessous), ou un éventail de modèles d’entreprise différents est-il considéré en ce moment pour ce type d’application?

Que diriez-vous si je vous disais qu’il n’y a pas d’entreprise?

Dans ce cas, s’il n’y a pas d’entreprise, qu’est-ce qui incite les gens à les créer? Comment sont-ils entretenus par la suite? Je comprends que tout sera décentralisé, mais comment cela fonctionnera-t-il vraiment?

L’un des grands concepts du Web3 est un nouveau type d’entité nommé OAD, pour organisation autonome décentralisée. Plutôt qu’une entreprise, c’est un code de logiciel inscrit sur la chaîne de blocs qui détermine tout ce que l’entité peut faire. Disons que nous voulons un marché prédictif mondial. Il doit être administré par une entité quelconque. Eh bien, ça pourrait être une OAD qui établit toutes les règles qui permettent son fonctionnement. En tant qu’utilisateurs, nous pourrions injecter un peu de notre cryptomonnaie dans l’OAD, c’est-à-dire dans le code, et la verrouiller. L’OAD sera gérée par des règles : peut-être qu’elle pourra garder 0,1 % des fonds pariés, pour ensuite les redistribuer aux commanditaires originaux jusqu’à ce qu’ils récupèrent leur investissement. Mais il n’y a pas d’entreprise en soi — nous n’avons à faire confiance à personne. En fait, Nick Tomaino, qui dirige 1confirmation, un fonds de capital-risque axé sur la cryptomonnaie que nous finançons, a publié un article de blogue intéressant intitulé The Slow Death of the Firm qui parle de la façon dont les sociétés pourraient disparaître et être tout simplement remplacées par des OAD.

Donc, l’auteur.e du code qui permet de crée l’OAD le fait par pur altruisme, simplement parce qu’il ou elle croit au projet?

Dans un certain sens. La culture dans le monde du Web3 est vraiment formidable en ce moment parce qu’elle est fortement guidée par une mission. Des développeur.euse.s de grand talent sont ravi.e.s d’être à l’aube d’une nouvelle ère Internet et font gracieusement don de leur temps pour le développement de ces OAD. Ces projets naissent de leur amour pour la technologie et de leur foi en un Internet meilleur. Personnellement, je trouve que c’est génial. C’est un peu comme le mouvement de l’informatique libre. Il y aurait même moyen pour ces personnes d’être rémunérées. Le code qui exécute l’OAD pourrait être doté d’une disposition voulant qu’un petit montant soit remis aux développeur.euse.s et aux commanditaires.

La culture dans le monde du Web3 est vraiment formidable en ce moment parce qu’elle est fortement guidée par une mission. Des développeur.euse.s de grand talent sont ravi.e.s d’être à l’aube d’une nouvelle ère Internet et font gracieusement don de leur temps pour le développement de ces OAD.

Actuellement, combien de personnes environ effectuent ce genre de travail et écrivent bénévolement du code et créent ces applications décentralisées?

Il est très difficile de répondre à cette question en raison de la nature de la décentralisation. Tout ce fait de façon plutôt anonyme — par définition, ce n’est pas organisé. Cependant, certains estiment que la communauté de développeur.euse.s d’Ethereum regrouperait quelque 250 000 personnes. Je dirais que c’est probablement un bon chiffre pour la communauté internationale de contributeurs.

Nous avons surtout discuté de ce qui est enthousiasmant dans le domaine, mais selon vous, qu’est-ce qui pourrait freiner le Web3 dans sa décentralisation d’Internet?

En première place sur la liste, et probablement en deuxième et en troisième, nous avons la réglementation. Aux États-Unis, on ne sait trop si les cryptomonnaies tombent sous la compétence de la SEC, la Securities and Exchanges Commission, ou de la CFTC, la Commodities Futures Trading Commission. S’agit-il de marchandises ou de valeurs mobilières? Le bitcoin et l’ethereum ont été étiquetés comme des marchandises, mais la situation des deux mille autres cryptomonnaies est ambiguë. Et même si nous savions s’il s’agit de valeurs mobilières ou de marchandises, ni la CFTC ni la SEC n’ont encore rédigé de règles concernant les cryptomonnaies.

La SEC applique la loi intitulée Securities Act de 1933, qui a été adoptée à la suite de la Grande Dépression, il y a près de 100 ans. Jusqu’à maintenant, la SEC maintient disposer de toute la réglementation nécessaire. Ce n’est pas sérieux! La cryptomonnaie sur Internet ne vaut pas qu’on étudie la réglementation d’une nouvelle perspective? Les jetons d’usage qui alimentent l’informatique en ligne sont-ils pareils à des certificats d’actions? Quelles sont les implications fiscales de la conversion de bitcoins en cryptomonnaie stable durant les périodes de volatilité? Comment devons-nous traiter et imposer des actifs qui apparaissent comme par magie après des embranchements divergents ou des parachutages? La liste de questions est longue. La SEC refuse d’imposer de nouvelles règles pour clarifier les choses, mais elle poursuit de plus en plus agressivement les entreprises qu’elle juge violer la Loi de 1933. Elle a annoncé une poursuite contre Kik la semaine dernière. Malheureusement, la SEC exerce son pouvoir en appliquant la loi plutôt qu’en l’adaptant à une nouvelle réalité, ce qui a pour effet de paralyser l’innovation aux États-Unis en ce qui a trait à cette nouvelle frontière cruciale d’Internet.

On peut donc dire que l’arrivée du Web3 n’est probablement pas pour dans six mois, ni même un an. Pouvons-nous l’attendre dans deux ans? Cinq ans?

Le Web3 commence déjà à émerger. Partout dans le monde, les développeur.euse.s se rencontrent à l’occasion de conférences pour discuter de leurs projets. Une fois qu’une réglementation claire aura été établie, je crois que nous assisterons à une explosion du Cambrien du côté des entreprises du Web3. La demande pour un nouvel Internet qui respecte la confidentialité des utilisateurs, doté d’une monnaie qui lui soit propre, est très forte.

Poursuivez votre lecture ci-dessous pour une introduction aux chaînes de blocs et à la cryptomonnaie. Vous avez aimé votre lecture et vous en voulez davantage? Abonnez-vous à notre infolettre et suivez-nous sur Twitter, LinkedIn et Facebook.

Introduction aux chaînes de blocs

Source : Shift Markets

Pour ceux et celles qui connaissent moins bien la cryptosphère, j’aimerais revenir aux bases. Qu’est-ce qui rend la cryptomonnaie, les chaînes de blocs et le réseau Bitcoin si passionnants, et pourquoi croyez-vous que ces innovations vont changer le monde tel que nous le connaissons?

La chaîne de blocs est essentiellement un nouveau paradigme pour l’informatique. C’est une toute nouvelle façon de voir le fonctionnement des applications et les modèles d’affaires derrière celles-ci. Les projets fondés sur la chaîne de blocs sont différents, car ils ne sont pas nécessairement contrôlés par une entreprise ou un gouvernement. Ils sont entièrement décentralisés.

Pourquoi est-ce important? Eh bien, disons que je pense que nous sommes tous un peu sceptiques lorsque nous songeons à l’Internet d’aujourd’hui. Une poignée de sociétés — Google, Facebook, Amazon — contrôlent des quantités massives de renseignements sur les gens. Elles sont hautement centralisées. Elles en savent beaucoup sur nous et utilisent ces données comme moteur pour les publicités. Je trouve plutôt déprimant que le modèle d’affaires ayant triomphé sur Internet soit la publicité. J’aspirais à mieux.

Petite digression : quand j’étais au secondaire, j’ai lu un livre de science-fiction intitulé The Red Dwarf: Infinity Welcomes Careful Drivers de Doug Naylor et Rob Grant. C’est l’histoire de l’équipage d’un vaisseau spatial qui a quitté la Terre mille ans plus tôt pour réaliser une mission top secrète. Les membres de l’équipage sont dans l’espace depuis si longtemps qu’ils se sont reproduits sur des dizaines de générations pour que leurs enfants puissent poursuivre la mission. Le livre commence quand le vaisseau arrive enfin à sa destination et que ses occupants s’apprête à accomplir leur mission : lancer un missile nucléaire au cœur d’une étoile. Lorsqu’elle est atteinte par le missile, l’étoile est détruite dans une gigantesque explosion et l’équipage fait rapidement demi-tour pour entreprendre son long voyage de retour sur Terre. Bien sûr, tous se demandent pourquoi ils devaient mener à bien cette mission. Pour quelle raison ont-ils passé toutes ces années dans l’espace? Ils n’en ont aucune idée. Mais cette nuit-là, sur Terre, à ce moment exact, si quelqu’un avait levé les yeux vers le ciel, il aurait vu des centaines d’autres étoiles exploser, épelant un message : « COKE, C’EST LA VIE ».

C’est drôle, mais c’est pour moi une parabole d’Internet. Nous disposons d’une technologie incroyable qui a changé le monde, et tout ce qu’elle nous a apporté, ce sont des publicités intempestives que personne ne veut voir. « COKE, C’EST LA VIE. » Donc, ce que j’aime de la chaîne de blocs, c’est qu’elle est décentralisée et qu’elle ne dépend pas de revenus publicitaires. Nos données ne seront pas stockées par de grandes organisations qui les retourneront contre nous.

Une fois que cela n’est plus un enjeu, nous ouvrons la porte à de nouveaux modèles d’affaires, comme les micropaiements et les jetons d’usage. Qu’arriverait-il s’il n’y avait plus de publicités sur YouTube? Si vous payiez seulement un centième de cent pour chaque vidéo que vous visionnez? Au bout d’un an, la facture s’élèverait probablement à une dizaine de dollars environ. Cet argent serait alors reversé aux producteurs de contenu. Une personne qui cumulerait une centaine de millions de visionnements ferait beaucoup d’argent. Nous n’aurions pas besoin de publicités.

Donc, la chaîne de blocs est essentiellement une nouvelle architecture informatique. Elle promet de nous offrir de nouveaux modèles d’affaires et de nouvelles applications qui échapperont au contrôle des entreprises et des gouvernements. Si vous y croyez, vous voudrez probablement investir dans certaines de ces nouveautés. Cependant, vous voudrez aussi investir dans les infrastructures qui supportent la technologie, la plomberie en quelque sorte. Vous voyez, ce n’est pas à propos du bitcoin en soi. Le bitcoin a été la première application décentralisée, un jeton numérique qui pouvait être échangé ou conservé; il a introduit l’idée beaucoup plus importante des utilisations possibles de la chaîne de blocs.

De quelles autres façons la chaîne de blocs pourrait-elle être utilisée pour entraîner un changement de paradigme?

L’on dénombre trois utilisations émergentes de la chaîne de blocs.

La première est en tant que réserve de valeur. Le bitcoin pourrait remplacer l’or comme réserve de valeur mondialement acceptée. Je trouve qu’il est en quelque sorte anachronique d’acheter de l’or : c’est une ressource difficile à manipuler, à transférer, à utiliser et à transporter aux frontières. Le bitcoin est purement numérique et peut être transféré partout dans le monde en quelques minutes, à faible coût, en plus d’être de plus en plus reconnu et respecté en tant que réserve de valeur. Mais le bitcoin n’est pas la seule option. Nous voyons des projets où des immeubles, des œuvres d’art et d’autres objets de collections sont « tokenisés », ou transformés en jetons, afin que des investisseurs puissent se procurer des fractions d’intérêts arbitraires de ces actifs. Par exemple, il pourrait être possible d’investir 100 $ en l’immobilier dans un pâté de maisons torontois en particulier. Nous voyons aussi apparaître des actifs numériques uniques — pensez aux cryptokitties — hébergés sur la chaîne de blocs. On les appelle jetons non fongibles, car contrairement au bitcoin ou à ethereum, chacun d’eux est unique et non interchangeable. Ça vous semble bizarre? En fait, ce n’est pas si différent de collectionner des cartes de baseball ou des bandes dessinées.

Une deuxième utilisation possible serait en tant que nouvelle unité d’échange, de nouvelle monnaie que les gens pourraient dépenser. Personne ne veut utiliser ses bitcoins, car leur valeur est extrêmement volatile, mais des cryptomonnaies stables font leur apparition. Je n’ai aucun problème à dépenser ce genre de cryptomonnaie, parce qu’un dollar aujourd’hui vaudra toujours un dollar, demain comme l’an prochain. Ce n’est pas un choix plus stable que le dollar américain, par exemple, mais une option qui peut être aussi stable, ce qui est assurément suffisant pour une unité d’échange. Soudainement, vous vous retrouvez avec une devise mondiale qui n’est contrôlée par aucun gouvernement, aucune entreprise, et qui fonctionne comme monnaie numérique propre à Internet.

Troisièmement, la chaîne de bloc peut être utilisée comme système d’exploitation d’applications. Dans la cryptosphère, nous les appelons des « dapps », parce que ce sont des applications décentralisées. Elles ne fonctionnent donc pas sur des serveurs centralisés, mais plutôt grâce à des nœuds indépendants situés partout sur le globe.

Est-ce que de nombreuses entreprises existantes pourraient se décentraliser, ou pensez-vous qu’il s’agit d’un changement majeur de paradigme pour les gens ou les entreprises de penser différemment?

Je crois que nous sommes devant un changement de paradigme majeur. À mon avis, une toute nouvelle génération de projets et de sociétés va naître et offrir un vaste éventail d’applications décentralisées qui seront uniques et formidables parce qu’elles protègeront notre confidentialité et ne pourront pas être altérées en raison de leur conception même.

Je crois aussi que les entreprises existantes s’adapteront et utiliseront la chaîne de blocs parce qu’elles apprécient sa fiabilité et son immuabilité. De grands noms comme Walmart et Target explorent l’utilisation de cette technologie pour la gestion de la chaîne logistique et la facturation. Par exemple, dans le cas de la chaîne logistique, plusieurs fournisseurs peuvent contribuer en entrant de l’information dans un registre qui devient un document immuable et vérifiable.

Il ne fait aucun doute que nous verrons aussi des entreprises offrir des cryptomonnaies directement aux consommateurs. Facebook a annoncé la semaine dernière qu’elle allait offrir sa propre cryptomonnaie afin de permettre à ses utilisateur.trice.s de partout dans le monde d’acheter et de vendre des articles à d’autres utilisateur.trice.s.

Plusieurs personnes jettent un regard méfiant sur les coûts énergétiques des mines de bitcoin et d’autres jetons, et sont sceptiques quant au fait que moins de transactions peuvent être effectuées au moyen de ces réseaux qu’avec ceux de Visa ou Mastercard par exemple. Qu’est-ce qui est fait en ce moment pour résoudre ces problèmes?

Actuellement, Bitcoin, tout comme Ethereum, se fie au minage pour valider les transactions. Ce processus engendre des pertes importantes de ressources informatiques, car les mineurs se livrent une concurrence pour résoudre des problèmes mathématiques complexes. C’est ce qu’on appelle la preuve de travail, car chaque mineur doit réaliser des calculs informatisés et consommer de l’énergie afin d’assurer l’intégrité du réseau. Ce niveau d’effort est en fait ce qui garantit sa sécurité. Le problème est que le minage entraîne de grandes pertes énergétiques.

Ethereum s’éloigne de la preuve de travail avec une nouvelle approche, la preuve d’enjeu. Bitcoin ne pourra jamais en faire autant, car sa gouvernance est, en raison de sa conception, très limitée, et même de simples changements de protocole sont très laborieux. Il continuera d’être extrêmement énergivore, mais plusieurs arguent que c’est ce qui lui confère sa valeur. En passant, personne n’a jamais réussi à pirater Bitcoin. Personne. Cette sécurité découle du fait que ce sont les mineurs qui effectuent le gros du travail.

Cependant, Ethereum et la plupart des nouvelles chaînes de blocs font le saut vers la preuve d’enjeu, où les parties qui détiennent déjà une certaine quantité de cryptomonnaie mettent en dépôt une partie de leur fonds et attestent de la validité des nouvelles transactions. Si elles valident à tort une nouvelle transaction, elles perdent leur mise. C’est un peu comme un cautionnement d’exécution. Lorsque la Ville de Montréal retient les services d’un entrepreneur pour bâtir une nouvelle route, il doit verser un cautionnement d’exécution et, s’il ne livre pas le projet à temps, il perd cet argent. La preuve d’enjeu ne demande pas de concours de résolution de problème et rend le procédé beaucoup plus écoénergétique.

Un autre avantage de la preuve d’enjeu est que les gens qui y déposent leur cryptomonnaie et agissent en tant que valideurs perçoivent des intérêts. Il n’y a aucun moyen de toucher des intérêts directement avec Bitcoin. La preuve d’enjeu semble une façon plus éclairée d’atteindre un consensus sur la chaîne de blocs.

Mais le problème de la vitesse demeure. Bitcoin peut traiter quelque chose comme quatre à sept transactions par seconde, et ce chiffre monte à 15 pour Ethereum. Mais ce n’est rien comparativement au réseau de Visa, qui peut, si ma mémoire est bonne, traiter 1 700 transactions par seconde. Bitcoin et Ethereum sont loin d’avoir le même niveau de mise à l’échelle, mais beaucoup de travail est effectué du côté d’Ethereum (et ailleurs) pour résoudre ce problème.

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